« Ecoute, la plupart des gens pensent que je suis petite, mais je suis plus
grande qu’eux ! »
Ce sont les premiers mots qu’elle m’a adressés, en me regardant droit
dans les yeux. Assis sur un banc dans une pizzeria, nous avons passé une
agréable soirée à trois. Au retour, alors que je les raccompagnais avec sa
maman, devant la porte de leur maison, elle m’a dit : « Tu dors ici ce soir,
non ? » J’en suis resté muet. D’un hochement de tête, j’ai confirmé.
Elle avait six ans. C’était en 2019.
Dès mon arrivée dans cette maison, j’ai été sidéré par la vue depuis les
chambres. Cinq peupliers qui montent la garde tels des surveillants de
longs terrains de jeux, des balançoires, des bacs à sables et d’innombrables
personnes qui chaque jour en prennent possession. Un théâtre du réel à
portée de main.
Je voulais retenir les pepités du temps, attraper chaque instant qu’il soit
plaine ou vide, surtout quand tout semblait s’arreter.
Mais le temps ne s’arrete jamais: c’est une ilusion.
Selon le philosophe Henri Bergson, le temps est un écoulement continu
et il est dans la nature de l’esprit humain de découper la réalité pour se
l’approprier. Exactement comme on segmente le réel au moyen du
langage pour tenter le fixer et ensuite pouvoir le partager.









